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Les objectifs des Nations unies en matière de développement durable doivent être atteints d’ici quatre ans. En 2015, les États membres de l’ONU ont adopté les « Objectifs de développement durable » (ODD). Au total, il y en a 17, allant de la lutte contre la pauvreté (ODD 1) à la promotion de l’éducation (ODD 4) en passant par la protection du climat (ODD 13). La promotion du travail décent (ODD 8), étroitement liée au programme « Travail en dignité » de Brücke Le Pont, figure également parmi les priorités.
Nous savons aujourd’hui que les pays riches n’ont pas pris l’agenda de l’ONU suffisamment au sérieux. Pour la Suisse aussi, le bilan est décevant. Ainsi, le Conseil fédéral a indiqué en mai que la moitié des objectifs ne seraient probablement pas atteints. Selon l’indice des ODD de l’ONU, la Confédération a même reculé ces dernières années, notamment en matière de durabilité dans les domaines de la consommation et de la production.
Cela devrait suffire à inciter à en faire davantage. Mais le Conseil fédéral voit les choses autrement et, dans un communiqué gouvernemental, a sans autre relégué les objectifs de développement durable de l’ONU au rang de simple cadre de référence.
Mais ce n’est pas tout : non seulement la Suisse est à la traîne en matière d’ODD, mais elle empêche également d’autres pays d’atteindre les objectifs de l’ONU. En effet, l’indice montre également quels pays, par leurs politiques, ont un effet négatif sur la réalisation des ODD dans leur ensemble. Ce sont ce qu’on appelle les « retombées » (spillovers). En tant que siège d’entreprises internationales, zone à faible fiscalité et place financière et de négoce de matières premières, la Suisse occupe l’avant-dernière place. Cela signifie tout de même que les leviers politiques nécessaires pour faire avancer l’Agenda de l’ONU seraient en principe disponibles.
Mais la volonté politique fait défaut. Or, l’échec probable des ODD est avant tout lié à ce que nous entendons par « économie », et surtout à la manière dont l’économie est organisée. Car comme l’affirme Clara Mattei, professeure d’économie italo-américaine : « L’économie est politique. L’économie, c’est nous. » Nous pouvons établir des règles interdisant les investissements nuisibles à l’environnement dans le secteur bancaire ou réglementant le commerce des matières premières. En bref : il est possible d’établir des règles démocratiques et contraignantes qui mènent à une économie plus respectueuse de l’environnement et de la dignité humaine. Brücke Le Pont y apporte sa contribution, notamment en soutenant la deuxième initiative sur la responsabilité des entreprises.
Le constat du Conseil fédéral ne reflète qu’une partie de la vérité. En effet, une autre question s’impose : dans quelle mesure la Confédération prend-elle au sérieux sa promesse d’agir de manière politiquement cohérente dans le cadre de la coopération internationale ? Cette « cohérence des politiques », qui, selon la Confédération, « est importante pour obtenir un impact et une efficacité maximale en matière de développement durable », devrait en réalité empêcher la Suisse d’afficher un résultat aussi médiocre dans le classement ‘’Spillover’’. Une fois de plus, il y a un fossé entre les promesses politiques et la réalité.
C’est pourquoi, en collaboration avec Alliance Sud, le centre de compétence suisse pour la coopération internationale et la politique de développement, nous demandons à la Confédération d’examiner systématiquement les répercussions de ses politiques étrangère, économique, financière et environnementale sur les objectifs de la coopération internationale ainsi que sur les objectifs de développement durable, et de prendre les mesures qui s’imposent en conséquence.